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jeudi 6 août 2009

Ladji Traoré, secrétaire général de l'APP: "Nous continuons à nier toute crédibilité à ces élections du 18 juillet 2009 qui ont porté Aziz!"

La crise politique née du coup d’Etat du 6 août 2008 fomenté contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi par Mohamed Ould Abdel Aziz est loin de connaître son épilogue. En tout cas, tel est l’avis de M. Ladji Traoré, secrétaire général de l’APP. "Nous continuons à décrédibiliser et à nier toute crédibilité à ces élections [du 18 juillet 2009] qui ont porté Aziz là où il est. Et, nous demandons une enquête internationale approfondie sur le comment et le déroulement de ces élections et les résultats", dit-il. Dans l’interview suivante, il revient entre autres sujets évoqués sur le futur poste du chef de file de l’opposition, sur les relations entre Aziz et Messaoud, sur l’alliance du Rfd et du Fndd mais aussi sur l’urgence d’organiser des élections générales anticipées. Le Rénovateur Quotidien : Ahmed Ould Daddah s’est classé, lors de l’élection présidentielle du 18 juillet, derrière votre président Messaoud Ould Boulkheir. Cela vous réjouit-il de briguer le poste du chef de file de l’opposition au détriment du Rfd ? Ladji Traoré : Mais, qu’est-ce que vous appelez chef de file de l’opposition ? Nous, politiquement aujourd’hui, l’Alliance Populaire Progressiste est incontestablement la principale force politique et morale de l’opposition mauritanienne. Mais nous n’avons pas brigué le poste du chef de file de l’opposition. Ce poste est une autre affaire. Parce que c’est une loi mauritanienne qui institue le chef de file de l’opposition, qui n’est pas dans la tradition francophone. C’est une tradition britannique et canadienne. Et, le chef de file de l’opposition se dessine à partir des élections législatives. C’est le parti qui a réuni le plus grand nombre de députés sur sa liste qui devient chef de file de l’opposition. C’est cela l’esprit de la loi. Donc, nous n’avons rien à briguer. Nous, nous avons joué le rôle que nous devions jouer à la tête de l’opposition. Jusqu’aux nouvelles élections législatives, le chef de file de l’opposition pour nous reste le même [Ndlr, Ahmed Ould Daddah]. Le Rénovateur Quotidien : A votre avis donc, il serait prématuré de vous attribuer le poste du chef de file de l’opposition comme on l’entend souvent ? Ladji Traoré : Il y a deux faits. Il y a la situation politique de fait et il y a ce qui est institué par les lois électorales du pays. La situation politique de fait aujourd’hui incontestablement dans l’opinion nationale et internationale place Messaoud Ould Boulkheir comme chef de file de l’opposition démocratique en Mauritanie. Mais, le chef de file de l’opposition démocratique sur le plan institutionnel, c’est autre chose. Et, comme il n’y a pas d’élections pour le moment, pour nous, le chef de file de l’opposition n’a pas juridiquement changé et politiquement, c’est autre histoire. Le Rénovateur Quotidien : Messaoud Ould Boulkheir demeure le président de l’Assemblée Nationale. Est-ce que votre parti serait favorable à une dissolution de la chambre des représentants ? Ladji Traoré : Notre parti n’est pas un parti bureaucratique. Ce n’est pas un parti qui court derrière les postes. C’est un parti démocratique. C’est un parti qui court derrière des institutions démocratiques. Au niveau de notre parti, nous demandons des élections générales anticipées et la reprise de ces élections générales anticipées peut faire en sorte que Messaoud Ould Boulkheir redevienne normalement président de l’Assemblée Nationale ou quelqu’un d’autre. Cela nous importe peu. Le Rénovateur Quotidien : Messaoud Ould Boulkheir a été l’un des farouches détracteurs de Mohamed Ould Abdel Aziz et d’ailleurs il continue à l’être toujours. Est-ce qu’il sera à l’investiture de ce dernier ? Ladji Traoré : Allez lui poser la question ! Quand j’ai été avec lui ce matin (Ndlr, dimanche 2 août 2009), je ne lui ai pas posé cette question. Beaucoup de rumeurs courent qu’Aziz a rencontré Messaoud ou que ce dernier a vu le premier. Sur ce point-là, je peux être formel. Aziz, depuis les dernières élections, n’a pas rencontré Messaoud. Et, Messaoud aussi n’est pas prêt à le rencontrer. Mais, en tant que responsable d’un parti politique, président de l’Assemblée Nationale de surcroît, il est prêt à rencontrer n’importe qui même Aziz. Parce que nous ne sommes pas ni haineux, ni vindicatifs. On est des démocrates. Le Rénovateur Quotidien : Entre Mohamed Ould Abdel Aziz et Messaoud Ould Boulkheir, les divergences continuent-elles à se creuser ? Ladji Traoré : Absolument ! Nous continuons à décrédibiliser et à nier toute crédibilité à ces élections [du 18 juillet 2009] qui ont porté Aziz là où il est. Et, nous demandons une enquête internationale approfondie sur le comment et le déroulement de ces élections et les résultats. Et, au-delà de ça, nous demandons de toute façon la poursuite du processus démocratique par des élections générales anticipées. Le Rénovateur Quotidien : La communauté internationale a reconnu, contrairement à vous, la transparence de ces élections y compris la France et même les Etats-Unis d’Amérique. N’êtes-vous pas en train de mener un combat solitaire ? Ladji Traoré : Qu’est-ce que vous appelez communauté internationale ? Il y a certains pays qui ont reconnu les dernières élections. D’autres institutions internationales sont très réservées par rapport à ces élections. Je sais que Alain Joyandet va passer à Nouakchott. Il va faire la Guinée et d’autres pays. D’ailleurs, c’est un itinéraire bizarre ! Cela veut dire qu’il part dans les pays où la situation politique et démocratique n’est pas très claire. Même si du point de vue protocolaire, les français, les américains et les espagnols ont fait des félicitations. Nous savons que l’Union Européenne est plus que réservée sur le résultat de ses élections et on en saura davantage. Le Rénovateur Quotidien : Le fait de compter sur l’Union Européenne n’est-il pas une manière dérobée d’avouer votre défaite ? Ladji Traoré : Nous comptons d’abord sur nous-mêmes, sur notre propre combat, sur notre force à convaincre les partenaires nationaux et étrangers pour sortir notre pays de la crise et le mettre sur les bons rails et instituer de véritables institutions démocratiques. C’est cela le fond. Rien n’est encore réglé. On reste encore dans le flou antidémocratique et anti-putschiste. Le Rénovateur Quotidien : L’alliance Rfd/Fndd n’a pas réussi à défaire Mohamed Ould Abdel Aziz. Pensez-vous que cette alliance circonstancielle a de beaux jours devant elle ? Ladji Traoré : Les gens spéculent beaucoup. Moi, je m’en tiens à la dernière conférence de presse commune d’Ahmed Ould Daddah et de Messaoud Ould Boulkheir et je m’en tiens aussi à la dernière prise de position d’Ely Ould Mohamed Vall. Autrement dit, les principaux acteurs politiques démocratiques de ce pays dénient toute crédibilité aux élections qui ont porté Abdel Aziz là où il est. Pour l’avenir, je suis sûr qu’Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir qui se connaissent bien, qui ont fait la lutte politique depuis 1992 –ça, on l’oublie souvent-, au-delà de leurs divergences, sont absolument sur la même longueur d’onde sur le front de la revendication et ils le resteront. Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

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Abderrahmane Ahmed Salem, directeur de la Maison des Cinéastes: "S'il y'a une volonté de l'Etat, on peut faire émerger un cinéma..."

Détrompez-vous, messieurs les pessimistes ! Le cinéma mauritanien peut bel et bien tirer son épingle du jeu dans le gotha du cinéma mondial. Les raisons de le croire existent. La preuve : "Il y a l’envie, les idées, le courage et le contenu", explique Abderrahmane Ahmed Salem, directeur de la Maison des Cinéastes. Alors Diable que manque-t-il ?"L’encadrement, la production et la diffusion", répond-il. Pour ce faire, il faut inéluctablement qu’il y ait une véritable volonté de la part de l’Etat de sortir le cinéma mauritanien de son état de somnolence. Entretien avec Abderrahmane Ahmed Salem, directeur de la Maison des Cinéastes. Le Rénovateur Quotidien : Le cinéma mauritanien est toujours presque aux abonnés absents à l’occasion des grandes rencontres cinématographiques sur le continent Africain. Pourquoi cette faible participation ? Abderrahmane Ahmed Salem : En fait, il y a une nouvelle émergence du cinéma mauritanien qui est beaucoup plus professionnel incarnée par Abderrahmane Sissako et Mohamed Hondo. Ce cinéma est déjà très présent sur le plan international. Mais, c’est plutôt un travail personnel des réalisateurs. Ce n’est pas un travail de l’appareil de l’Etat ou des responsables de la diffusion de la culture mauritanienne à l’étranger. Abderrahmane Sissako est reconnu grâce à son discours panafricain et presque universel. Mohamed Hondo, lui, représente la première génération. Il a été, dans les années 70, plusieurs au FESPACO. Après, il y a la nouvelle génération du cinéma mauritanien même s’il est fragile. C’est vrai qu’il ne profite pas d’une présence internationale. Le Rénovateur Quotidien : Cette nouvelle génération dont vous faites allusion a-t-elle une visibilité internationale ? Abderrahmane Ahmed Salem : Il y a les tentatives de la Maison des Cinéastes qui ont abouti à la participation d’un certain nombre des festivals internationaux comme "Films à tout prix" à Bruxelles ou le Festival d’Al jazeera, au Maroc ou au Sénégal. Mais, ça a été toujours des initiatives de la Maison des Cinéastes. Ce n’est pas une volonté de la part de la part de l’Etat de faire passer les images de la Mauritanie ailleurs. Et, je pense qu’il y a vraiment une urgence à la fois de la fabrication de cette image et en même temps de sa présentation ailleurs. On sait que dans certains festivals, il y a même des films plus fragiles que les petits films de la nouvelle génération mauritanienne. Mais, c’est des films qui profitent d’une volonté du département du cinéma ou de la culture dans leur pays de le passer ailleurs. Ça ne peut pas être forcément une présence pour gagner des prix mais c’est une présence pour présenter le pays et pour bien sûr profiter de ce que ces festivals génèrent. Le Rénovateur Quotidien : A ce rythme-là, est-ce qu’on peut s’attendre d’ici deux ans et plus de voir des cinéastes de la trempe d’Abderrahmane Sissako ou de Mohamed Hondo ? Abderrahmane Ahmed Salem : Je pense que deux ans, c’est trop rapide. Si, on continue avec le rythme actuel, on peut d’ici 5 ans avoir des gens qui font des films assez bien. Par exemple, cette année-ci, on a commencé une nouvelle tentative avec "Ciné majuscules" qui est une formation exigeante et touche tout ce qui est artistique et technique. Cette formation, si elle continue au bout de trois ans, elle va devenir une école de cinéma. Et, quand on arrive à ce stade, on peut dire voilà on peut avoir une production. C’est vrai que la production risque de ne pas avoir le contenu. Le contenu exige l’envie, le désir et ce qui risque d’y avoir, c’est le côté artistique et technique. Et, avec une formation professionnelle, on peut combler ce retard-là. Le Rénovateur Quotidien : L’Etat mauritanien n’a-t-il pas une part de responsabilité dans ce retard-là ? Abderrahmane Ahmed Salem : C’est incontestable ! Et, quand je dis d’ici cinq ans, je parle de notre temps, nous, au niveau de la Maison des Cinéastes. S’il y a une volonté de l’Etat, on peut faire émerger un cinéma après-demain. S’il y a une vraie volonté de l’Etat, on peut monter tout de suite des projets de formation, des ateliers et des écoles. On peut monter des festivals, envoyer des gens à l’étranger pour apprendre. On peut inviter des professionnels en Mauritanie pour y venir faire des ateliers. Je pense que la responsabilité totale de la sortie du cinéma mauritanien, c’est une responsabilité de l’Etat. Parce qu’une association comme la Maison des Cinéastes, elle ne peut pas être responsable en aucun cas de la situation. Elle fait ce qu’elle peut faire mais à l’échelle d’une association. Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que le cinéma mauritanien ne pêche pas dans le choix des thèmes d’où sa difficulté à percer sur le plan international ? Abderrahmane Ahmed Salem : Je pense que non. Les deux choses les plus importantes pour la réussite d’un film c’est l’originalité de l’idée, bien sûr il y a le degré d’engagement, mais surtout la beauté du film. C’est des choses qui ne manquent pas en Mauritanie. Si la beauté d’un film, c’est la beauté du paysage et des acteurs, on a toute la beauté sauvage classique. S’il y a l’engagement et les thèmes, on a tous les thèmes vierges qu’on ne peut pas retrouver dans d’autres cinémas. Le cinéma risque maintenant de répéter des thèmes dans le nouveau film. Je pense que ce qui est important et ce qui manque ici, c’est l’encadrement, c’est la deuxième partie de la chaîne de production qui est la production proprement dite du film et sa diffusion. Le Rénovateur Quotidien : Donc, toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour avoir l’émergence du cinéma mauritanien sur le plan international ? Abderrahmane Ahmed Salem : Non pas encore. Il y a l’envie, les idées, le courage, le contenu. Mais, à vrai dire, on n’est pas encore prêt. Parce qu’il n’y a pas la capacité technique. On est obligés, si on veut faire des choses sérieuses et professionnelles, de faire appel à des techniciens d’ailleurs. On est obligés d’amener en tout cas le matériel professionnel ailleurs. On est obligés, si on veut faire une postproduction professionnelle, de le faire ailleurs aussi. Et, après tout ça, ça manque le côté administratif : la simplicité des circuits, la disponibilisation des mécanismes d’appui à la production… Non, on n’est pas encore prêt ! Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

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